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Quelles stratégies pour explorer la Toile ?

Mise à jour le 19 juillet 2020, par Philippe Eveillard, Temps de lecture estimé : 5 min.
 
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A chaque type de requête correspond une stratégie.
Ainsi, vous n’utilisez pas les mêmes outils pour vérifier l’absence d’effet tératogène d’une molécule, actualiser vos connaissances sur le traitement de la maladie de Parkinson et répondre à la question : existe-t-il des arguments pour que j’adopte telle attitude dans telle situation pour tel malade ?

Dans le premier cas, le site du CRAT vous fournit la réponse dans le cours de la consultation.
Dans le second, le catalogue du CHU de Rouen (CISMeF) vous propose plusieurs documents (cours et recommandations) dont vous prenez connaissance à tête reposée.
Dans le dernier cas, vous allez prendre une soirée pour effectuer une recherche qui passera probablement par une banque de données bibliographiques

1. Quelle requête ?

Pour répondre aux interrogations liées à votre exercice professionnel, vous êtes amené à solliciter des outils de recherche différents selon le type et le thème de votre requête et selon le titre et la localisation du document recherché.

1.1 Votre requête concerne un site ou un document dont vous connaissez le titre exact

Google est l’outil de référence.

Vous entrez le nom du site (ou le titre du document) dans la fenêtre d’interrogation de Google et le premier lien qui s’affiche est le bon.
Si le nom du site est un mot composé, il vous est conseillé de le mettre entre guillemets.
Il en est de même du titre du document.

Cette performance de Google dans la recherche d’un site ou d´un document dont l’intitulé est connu justifie le téléchargement de la barre Google, si elle n’est pas déjà intégrée dans votre navigateur.
Cette « barre » permet, à tout moment et quelle que soit la page affichée à l’écran, de solliciter Google.

1.2 Votre requête concerne un document dont vous connaissez la localisation

Cette éventualité est de plus en plus fréquente depuis que les médecins ont pris l’habitude de sillonner la Toile en tous sens.
Cette habitude vous permet de repérer les sites utiles pour votre pratique et les pages utilisables en consultation et de les répertorier dans vos « favoris ».

Vous disposez ainsi d’une gamme plus ou moins large d’espaces où vous savez pouvoir trouver une information pour laquelle vous avez un certain niveau de confiance à défaut d’un niveau de preuve.
Certaines pages sont aisément consultables dans le cours de la consultation.
Ce sont celles dont « l’utilisabilité » est maximale.
D’autres rassemblent des informations utiles à votre pratique, mais nécessitent un temps de réflexion et d’exploration.
Vous en prenez connaissance en dehors des consultations (dont la durée est « comptée »).

1.3 Votre requête porte sur un thème médical général

L’intitulé d’un thème médical général (qui peut faire l’objet d’une mise au point ou d’une synthèse) comporte 2 ou 3 mots.

Exemple :

  • les complications de la mucoviscidose ;
  • l’antibiothérapie des infections respiratoires ;
  • le diagnostic d’une otalgie ;
  • les indications des corticoïdes dans l’asthme ;
  • les complications vasculaires du diabète

Sur ces sujets généraux, le meilleur outil de recherche est CISMeF.

Le catalogue du CHU de Rouen rassemble des documents francophones à niveau de confiance élevé (recommandations de la Haute Autorité de santé et des sociétés savantes ; documents en provenance des facultés de médecine et des agences sanitaires).

Le principal obstacle de CISMeF tient à son exploration.
Avec CISMeF, on est loin du langage courant et de la syntaxe élémentaire de Google.
CISMeF est un catalogue de pages indexées par des professionnels de la documentation à l’aide d’un langage particulier : le langage MeSH.
Il en résulte que seule l’utilisation de ce langage permet d’obtenir une exploration performante du catalogue.

Deux « outils » facilitent cette exploration : le module Terminologie et le module Recherche avancée.

  • Terminologie est le module idéal quand le thème de la recherche associe un descripteur et un qualificatif (diagnostic de la polyarthrite rhumatoïde ; traitement de la maladie de Parkinson ; épidémiologie de l´asthme).
  • Le module de recherche avancée est l’outil de choix quand la requête comporte plus de 2 mots clés : antibiothérapie des infections respiratoires de la mucoviscidose ; traitement des entorses de cheville ; prévention des complications du diabète
     [1].

1.4 Votre requête est de type PICO

PICO est l’acronyme de Patient Intervention Comparison Outcome.
Plus simplement, il correspond à l’interrogation suivante :

« Chez tel patient, tel geste (diagnostique ou thérapeutique) est-il préférable à tel autre pour obtenir tel résultat ?»

Exemple : Chez un adulte souffrant d’une entorse de cheville sans signes de gravité, faut-il préférer une immobilisation de la cheville à un traitement fonctionnel pour obtenir une guérison en 3 semaines ?

Exemple de réponse à une requête de type PICO

  • La requête

Chez un adulte souffrant d’une entorse de cheville sans signes de gravité, faut-il préférer une immobilisation de la cheville à un traitement fonctionnel pour obtenir une guérison en 3 semaines ?

  • La requête formulée dans MEDLINE/PubMed

Sprains and Strains/TH AND Lateral Ligament, Ankle/IN AND Immobilization [mh] AND Physical Therapy Modalities [mh]

  • Les réponses obtenues

Parmi les 3 notices affichées en réponse à cette requête, celle en provenance de la bibliothèque Cochrane [1] est en faveur du traitement fonctionnel, tout en faisant remarquer que la différence entre les 2 protocoles n’est pas significative une fois que les essais cliniques de qualité médiocre ont été écartés.

La réponse à une interrogation de type PICO est obtenue en sollicitant la banque de données bibliographiques MEDLINE. Pour bénéficier pleinement de cette réponse, vous devez être suffisamment « à l’aise » avec l’interrogation de MEDLINE.

Si ce n’est pas le cas, il vous reste à solliciter la banque de données PASCAL (par l’intermédiaire de article@inist) ou Google Scholar (l’espace scientifique de Google) ou même Google (avec les précautions d’usage).

Pour explorer MEDLINE, l’obstacle à franchir est plus élevé que pour interroger CISMeF.
A la syntaxe (voisine de celle de CISMeF) s’ajoutent les problèmes de la langue (anglaise) et du langage (la version originale du thésaurus MeSH).

Vous devez aussi prendre en compte les faits suivants :

  • une banque de données bibliographiques fournit des notices associant le plus souvent des références et un résumé ;
  • les articles originaux constituent le fonds de commerce de MEDLINE et sont souvent très éloignés des interrogations des médecins généralistes.

Une solution consiste à introduire dans vos équations des filtres comme « free full text », « review » ou « core clinical journals ».
Vous les entrez directement dans la fenêtre d’interrogation avec le champ filter (core clinical journals [filter]) ou vous les cochez dans le formulaire de Limits ou bien encore vous les sélectionnez parmi vos préférences dans MyNCBI.

La banque de données PASCAL est plus facile à explorer car une de ses interfaces d’interrogation (article@inist) peut être sollicitée en français (pour des résultats en français), en langage courant et avec une syntaxe simple.
Mais cette interrogation a ses limites car les mots clés du langage courant sont recherchés dans les titres et les résumés, ce qui n’est pas sans faire de « bruit ».

Google Scholar fait encore plus de bruit car les mots clés entrés dans sa fenêtre d’interrogation sont recherchés dans l’ensemble des documents disponibles (soit titre et résumé, soit texte intégral).

Avec Google, vous quittez l’espace des articles issus des périodiques médicaux pour entrer dans l’espace « documentaire » de la Toile dominé par le flou qui entoure la validité des données affichées.

Quelle immédiateté ?

Les délais ne sont pas les mêmes si vous souhaitez connaître l’adresse du centre de rééducation cardiovasculaire le plus proche de votre lieu d’exercice et si vous vous interrogez sur la nécessité de prescrire des antibiotiques dans la « diarrhée du voyageur ».

Aujourd’hui, alors que le concept « d’utilisabilité » des sites médicaux est à l’ordre du jour, le nombre de pages consultables dans le cours de la consultation est en augmentation.

Il n’en demeure pas moins que la majorité des décisions ne peuvent être prises instantanément et nécessitent de mener une réflexion, ne serait-ce que dans la façon de formuler la requête. C’est dans le calme et en dehors des contraintes liées à l’exercice professionnel que vous devez envisager la sollicitation de la Toile médicale sur vos « sujets délicats ».

Le rôle de la Toile médicale est tout autant de servir de « pages jaunes médicales » (annuaire sanitaire et social) ou d’aide à la prescription (CRAT) pendant la consultation que d’être « toute la mémoire » de la médecine au moment de décider ce qu’il convient de proposer à tel patient dans telle situation.

 

Notes

[1Pour le mode d’emploi de CISMeF, voir La Revue du Praticien, Médecine Générale n° 762/763 du 13 mars 2007

 

Références

[1] Kerkhoffs GM, Rowe BH, Assendelft WJ, Kelly K, Struijs PA, van Dijk CN. Immobilization and functional treatment for acute lateral ankle ligament injuries in adults. Cochrane Database Syst Rev. 2002 ;(3):CD003762


Voir en ligne : Article original dans Egora (publié avec l’autorisation de l’éditeur)